Comment je me suis réconciliée avec les bouquins "sur la guerre"
- Estelle

- 23 déc. 2018
- 3 min de lecture
Avant de commencer cet article je me sentais bien embêtée. J’ai tant aimé le roman et le film que j’ai du mal à en parler. Sauf que… impossible de ne pas en parler non plus ! Alors voilà, je me lance. Au revoir là-haut, ou le roman qui m’a réconcilié avec les bouquins « sur la guerre ».

Les bouquins « sur la guerre », oui. C’est comme ça que je les appelais. Tous ces livres, documents, témoignages et autres écrits que je mettais dans le même grand sac des trucs « sur la guerre ». Je me suis toujours assurée de les tenir à bonne distance de ma table de chevet. Vous comprendrez qu’ils ne m’ont jamais fait de l’oeil, jusqu’à ce jour-là.
Me baladant tranquillement dans ma librairie, un livre attira mon attention. Son titre d’abord, sa couverture, et enfin son bandeau. Son titre, car il est beau tout simplement. Il sonne comme une promesse d’aventure et d’émotion. On ne sait pas trop ce qu’il signifie et c’est justement ce qui fait sa force. J’ai appris plus tard que Pierre Lemaître l’avait emprunté à la dernière lettre adressée à sa femme par le soldat Jean Blanchart injustement fusillé en 1914 et dans laquelle il écrit « Au revoir là-haut ma chère épouse ». Sa couverture, ensuite. L’édition que je possède est la première sortie en poche du Livre de Poche. Les illustrations réalisées par Christian de Metter (il signe également la bande dessinée adaptée du roman parue aux éditions de Sèvre) donnent vie à l’ambiance et aux personnages imaginés par l’auteur. Les toits de Paris, cet étrange personnage ivre de liberté et ce fond jauni m’ont immédiatement convaincu. Son bandeau, enfin. « Prix Goncourt », évidemment. Néanmoins, j’arrivais avec un bon retard, Pierre Lemaître l’ayant obtenu en 2013. Passons, il n’est jamais trop tard pour découvrir un chef-d’œuvre.
Et me voilà, contre toute attente, plongée dans un bouquin « sur la guerre ». Encore qu’il s’agit plutôt d’un roman d’après-guerre, d’une histoire de vengeance et d’un tandem pour le moins original ! Les personnages, et on sait comme ils font la réussite ou l’échec d’un roman, sont parfaits. Un Édouard Péricourt et un Albert Maillard si gauche (j’ai souvent eu envie de le secouer et de l’empêcher de faire de telles bourdes !!) et si attachant (il se dévoue corps et âme pour son ami). Leur relation n’a pas de nom, pas de mot, elle les unit pour et par la vie. Une vie dont ils ne veulent même plus une fois la guerre finie. Quelle ironie ! Ces deux rescapés de 14-18 se retrouvent condamnés à vivre, l’un dans la pauvreté, l’autre, avec sa gueule cassée et son addiction à la morphine. Et cela, sous le regard malveillant du lieutenant d’Aulnay-Pradelle. Dans le bordel de la France après l’armistice tout occupée à glorifier (et surtout à retrouver) ses morts, ils imaginent le casse du siècle. Si les personnages m’ont touché, j’ai aussi été convaincue par le style de l’auteur. Pierre Lemaître nous livre ici un récit rythmé, jalonné d’images incroyables. On retrouve la patte d’un auteur de polar. L’intrigue est superbement menée et prend aux tripes jusqu’à la fin, explosante. On apprend aussi beaucoup sur la fin de la grande guerre, sur la dure réinsertion des poilus dans une société qui ne veut plus d’eux, sur les magouilles et autres enrichissements malhonnêtes. Car si l’arnaque des monuments aux morts est inventée par l’auteur, celle du trafic des cercueils se base sur une réalité historique.
Quant au film, je ne peux qu’ajouter, bravo ! Double pépite. Albert Dupontel nous offre une adaptation juste et fidèle au livre. On retrouve la poésie, l’humour et le rythme de Pierre Lemaître avec un casting détonnant. Laurent Lafitte fait d’Aulnay-Pradelle un lieutenant plus cruel que jamais, les beaux yeux de Nahuel Pérez Biscayart révélés dans 120 battements par minute nous livrent un Édouard touchant et torturé et Albert Dupontel incarne un soldat Maillard digne de ce nom.
Ironie noire, sinistres méchants contre anti-héros qui obtiennent vengeance, j’ajoute bouquin sur la guerre (car j’aime ça maintenant) et voilà la combinaison parfaite d’une pépite en OR.
AU REVOIR LÀ-HAUT, Pierre Lemaître
Éditions Albin Michel, paru le 21 août 2013 (Prix Goncourt 2013)
Le Livre de Poche, paru le 22 avril 2015



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