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Dans l'art de perdre il n'est pas dur de passer maître

  • Photo du rédacteur: Estelle
    Estelle
  • 15 févr. 2019
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 16 févr. 2019


C’est un an après sa parution et son prestigieux prix que je découvre le sublime roman d’Alice Zeniter, L’Art de perdre. J’en avais pourtant beaucoup entendu parler, et toujours de manière élogieuse, dans la presse, à la radio, etc. J’ai d’ailleurs toujours apprécié les apparitions d’Alice sur le plateau de la Grande Librairie. Brillante, lucide, directe, belle aussi. Elle est l’auteure de quatre romans mais c’est avec celui-ci que je découvre sa plume.


C’est un an après, donc, que je décide de faire du rangement dans mon bureau et que je retrouve ce #bouquin au fond d’un tiroir (prêté le jour de sa sortie et aussitôt planqué, je m’en veux un peu !). En partant je le glisse dans mon tote bag. Il sera quand même mieux dans ma #bibliothèque. Avant de rentrer, je rejoins des copines pour un verre, vendredi soir oblige. J’ai un peu d’avance, m’installe seule et attrape le livre. Je commence par lire mécaniquement la quatrième, puis les pages de titres et finalement tout le premier chapitre. C’est le début d’une magnifique saga familiale entre la #France et l’#Algérie, la guerre et les non dits et la liberté d’être soi au delà des #héritages.


Le point de départ de ce roman est le personnage de Naïma, "#immigrée" de troisième génération qui vit paisiblement à Paris. Jusqu’aux attentats de novembre 2015 qui la bouleversent et l’obligent à se poser des questions sur le passé de sa famille dont elle ignore presque tout.


Dans la première partie la plume d’Alice Zeniter nous plonge dans les années 30 au coeur des montagnes de #Kabylie. Ali, le grand père de Naïma, règne en maître sur son village. Les affaires sont florissantes grâce à l’huile des oliviers qu’il cultive, sa femme Yema lui donne des garçons et ses frères lui sont fidèles. Ils ignorent alors qu’ils ne verront bientôt plus les oliviers. Ce que l'on appelle « les évènements » sont en marche et le destin de nombreuses familles et celui d'Ali devenu #Harki vont basculer de l’autre côté de la méditerranée.


Au moment où ils naissent, l'Algérie dit "Droit du sang: ils sont Algériens ". Et la France dit "Droit du sol : ils sont Français ". Alors eux, toute leur vie, ils ont le cul entre deux chaises et de manière très officielle.

Dans la deuxième partie, Ali essaie de continuer à vivre avec sa famille dans un camp à #Rivesaltes. Hamid, le fils d’Ali (le père de Naïma, donc), est encore un petit garçon et ses nombreuses questions se trouvent déjà sans réponses. Ses parents et ses proches, à jamais blessés, gardent le silence. Le fossé d’incompréhension entre les générations se creuse déjà, peu à peu. Pendant que les petits jouent dans la boue et s’inventent des histoires pour passer le temps les adultes tentent de trouver un sens à leur destin. De temps en temps la radio leur donne des nouvelles de l’Algérie, des attentats et du #FLN. Les hommes murmurent « on est quand même mieux ici ». Et quand les voisines du village appellent, les femmes posent 1000 questions sur leur cuisine, leur jardin, et les oliviers… ? Elles ne peuvent s’empêcher d’envier celles qui sont restées.


Ali et sa famille sont ensuite installés dans une cité dans l’est de la France, à Pont-Féron. Hamid et ses frères et sœurs sont scolarisés avec d’autres petits français. Hamid se fait alors la promesse d’être le meilleur, coûte que coûte. Pour ses parents qui peinent à apprendre la langue, il est l’unique portail vers l’extérieur. Il comprend vite que son pouvoir est immense. Au collège, il se lie d’amitié avec Gilles et François à travers lesquels il trouve une nouvelle famille, loin de l’appartement exigu de ses parents. Il grandit avec eux et découvre petit à petit la politique, les inégalités (dont il n’est pas le seul à être victime), le droit de se révolter et de faire grève… Après leur bac, les trois garçons passent l’été à Paris. Hamid tombe littéralement amoureux des fontaines du Sacré-Cœur, des bacs de livres d’occasion sur le boulevard Saint Michel et de Clarisse. Si bien qu’il ne rentrera plus chez lui.


Dans la dernière partie nous sommes en 2015, à Paris, au côté de Naïma, une des quatre filles de Hamid et de Clarisse. Elle partage sa vie entre ses colocs, son job dans une galerie d’art et, son patron Christophe. Jusqu’au jour, où, à la suite des #attentats, Christophe décide de lui confier un projet sur un artiste kabyle. Toutes ses œuvres sont en Algérie. C’est l’occasion où jamais pour Naïma de partir à la recherche de ses #racines, de ce pays dont elle ne connaît rien. L’Algérie jusqu’ici, c’est les pâtisseries de Yema dans l’appartement du Pont-Féron. À la fois terrifiée et excitée, Naïma sait au fond d’elle que ce voyage est nécessaire. Le poème d’Isabelle Bishop à la fin du roman résume bien le sentiment de Naïma, celui de venir d’un pays sans lui appartenir :


Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître,

tant de choses semblent si pleines d’envie

d’être perdues que leur perte n’est pas un désastre.

(…)

J’ai perdu deux villes, de jolies villes. Et, plus vastes,

des royaumes que j’avais, deux rivières, tout un pays.

Il me manquent, mais il n’y a pas là de désastre.


La lecture de ce livre m’a souvent fait monter les larmes. Il y a beaucoup d’émotion et d’amour même si les sentiments restent muets. C’est un roman sur l’histoire des harkis, sur les origines et les héritages mais surtout sur la force de l’amour filial. Un très beau moment de lecture, une véritable pépite à lire et relire sans modération ! 📖❤️💎


L’ART DE PERDRE, Alice Zeniter

Éditions Flammarion, août 2017

J’ai Lu, janvier 2019

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