Dans la peau de zelda
- Estelle

- 23 déc. 2018
- 4 min de lecture

Zelda Fitzgerald fait partie de ces femmes que j’admire, intelligentes, fortes, menant leurs combats contre monts et marées et en même temps d’une extrême fragilité, prêtes à se briser à la première explosion. J’ai découvert son histoire par hasard dans un bouquin, puis deux, puis trois... et je me suis vite passionnée par sa vie incroyablement romanesque. Scott et Zelda forment un des couples les plus "glamour" de l’histoire et de la littérature, enfants terribles des années vingt, mondains, ambitieux, brillants et excentriques… C’est du moins la belle image que nous en avons. Toutes ses paillettes cachent (ont tenté de cacher un moment) une jalousie et une terrible rivalité des amants qui se sont doucement consumés dans l’alcool et les excès en tout genre. Le roman de Gilles Leroy raconte la lente et douloureuse chute d’une star, celle de Zelda Fitzgerald dont le talent n’a cessé d’être étouffé. De son intelligence et de son indépendance, il ne restera que de vagues souvenirs floutés par la fumée des cigares et les effluves d’alcool de ses interminables soirées mondaines.
Zelda Fitzgerald, icône des années 1920, est née Zelda Sayre, fille d'un juge, à Montgomery en Alabama. Dès son adolescence, son attitude audacieuse et son esprit se font remarquer et elle devient rapidement, avec son amie Tallulah Bankhead (future star d’Hollywood), l'un des centres d'attention de la ville. Elle rencontre F. Scott Fitzgerald lors d’une soirée alors qu’il est en garnison près de Montgomery. Après une cour endiablée qui dura quelques années, ils se marient en 1920 et passent les premières années de la décennie en stars littéraires de New York. Ils apparaissent régulièrement dans la presse et sont célébrés au même titre que les têtes d’affiche des plus grands films de l’époque. C’est une période faste qui s’achèvera rapidement, les fêtes et l’alcool consumant petit à petit la santé du couple et leur relation…
Après l’écriture du célèbre Gatsby le Magnifique Scott manque d’inspiration et son prochain roman tarde à venir. Le couple quitte New York pour Paris où ils côtoient de grands noms littéraires. Ils sont tous deux tiraillés par la jalousie. Scott se sert alors des écrits de sa femme pour nourrir son travail, signe de son nom certaines de ses nouvelles et emprunte même des bribes du journal intime de Zelda pour nourrir ses héroïnes de fiction…
Zelda devient alors une écrivaine réprimée, plagiée puis détruite. La tension de son mariage tumultueux et l’alcoolisme de Scott ne font qu’aggraver son instabilité (elle a dès son plus jeune âge un caractère enclin à l’autodestruction). Enfin, sa liaison avec un aviateur français décide Scott (lui-même très infidèle) de l’envoyer en sanatorium, où elle sera diagnostiquée schizophrène. S’ensuivent alors de nombreux séjours en hôpital psychiatrique où les médecins, prenant tous le parti de Scott en condamnant son adultère, et les traitements psychiatriques ne feront que multiplier ses dépressions et ses crises de nerf. Elle finira par mourir à 47 ans dans un incendie d’un de ces hôpitaux.
Les gens qui s'aiment sont toujours indécents.
Dans ce roman à la première personne (l’auteur insiste, ce n’est pas une biographie), Zelda nous raconte sa vie alternant les époques et les lieux, parfois sans crier gare. Quelques dates en marge des pages permettent tout de même de se situer. Résultat, la trame est décousue, les paroles désordonnées comme si le personnage tentait de convoquer des souvenirs avant qu’ils ne s’évanouissent ; comme si le lecteur scrutait l’âme d’une patiente allongée sur le divan. C’est un livre certes bien écrit mais sa lecture a été difficile. Peut-être que cette atmosphère est un peu trop pesante pour moi, je me suis sentie oppressée, révoltée face au tragique destin de Zelda. Le récit est imprégné du sentiment vertigineux de chute, d’une quête d’ivresse des sens qui fait basculer l’héroïne dans la folie et la paranoïa. Scott et Zelda se sont beaucoup aimés, vraisemblablement, mais Gilles Leroy met en avant ici le sentiment violent, possessif et destructeur qui les unissait. Ils s’enviaient l’un l’autre, maladivement. Tout en puisant dans ses écrits, Scott ne permit jamais à Zelda de développer son propre talent. Elle aurait sans doute fait une excellente auteure, peintre ou danseuse s’il ne l’en avait pas empêché.
L’auteur a également choisi de mettre en avant un passage peu connu de la vie de Zelda, sa courte aventure avec Édouard Jozan. Rencontré en 1924, lors d’un séjour dans le sud de la France, « Joz » restera son unique vrai amour. Tout le long du roman elle fait allusion à leur idylle. Ces souvenirs de bonheur intense forment les seules respirations (pour le lecteur également !) du récit qui permettent à l’héroïne de survivre à Scott et à la folie.
Malgré un sujet dur, ce livre est un très beau portrait de femme et d’artiste torturée mais jamais résignée. Différent des ouvrages sur Zelda Fitzgerald, notamment grâce à la narration à la première personne qui lui apporte une puissance narrative rare, il offre de nombreuses anecdotes de la vie de bohème qu'elle a vécue. Une belle pépite à ajouter à votre PAL ! 📚
ALABAMA SONG, Gilles Leroy
Mercure de France, août 2007
Prix Goncourt 2007
Folio, février 2009



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