Fenêtres sur le monde
- Estelle

- 23 déc. 2018
- 3 min de lecture

Ponts et week-ends à rallonge du mois de mai oblige, je me retrouvais un vendredi après-midi dans les rayons bondés d’un Relay de la gare Montparnasse. J’avais cinq heures de train devant moi, il n’était pas question de faire un mauvais choix. Côté livres, les indétrônables Musso, Danielle Steel, Frédéric Lenoir… je passe mon tour. Ah puis de Vigan, Joël Dicker, Beigbeder… Tiens jolie couverture ! Un fond blanc, deux tours violettes, un titre catchy comme on dit (littéralement « accrocheur », « entrainant »). Windows on the World. Tiens, tiens, je me souviens. J’avais 8 ou 9 ans, nous étions en vacances en République Dominicaine, ma mère lisait ce livre, elle pleurait. Je me souviens car c’était différent de la petite larme de fin de roman, celle qui rend la vue floue, qui fait cligner l’œil et tombe au milieu de la page. Non, rien à voir, elle pleurait vraiment. Mais ce n’était rien, c’était ce livre, c’est fort… c’est triste. C’est sur l’attentat du World Trade Center.
C’est drôle, on se souvient tous du moment où l’on a appris la terrible chute des deux tours new-yorkaises. J’étais à l’école, je n'ai pas bien compris. J’ai surtout vu la peur des adultes. Avec les tours, le monde tombait et toutes nos (leurs ?) certitudes… Je me souviens aussi, sinon de la peur, de l’émotion de ma mère à la lecture de ce livre. Train dans 10 minutes, je le choisis et me dis, (avec du recul, bien naïvement) que je ne serai sûrement pas aussi émue. 17 années se sont écoulées avec leur lot de tragédies, de sang et d’explosions et ces fois-ci bien plus près de chez nous. Grave erreur ! J’en suis encore bouleversée. C’est un des livres les plus prenants que je n’ai jamais lu.
Le seul moyen de savoir ce qui s’est passé dans le restaurant situé au 107e étage de la Tour Nord du World Trade Center, le 11 septembre 2001, entre 8 h 30 et 10 h 29, c’est de l’inventer.
Dans ce court roman Beigbeder revient sur un des évènements les plus bouleversants du siècle. La tâche n’est pas facile, pourtant le résultat est d’une justesse déroutante voire dérangeante. Pour cela, il choisit le cadre du "Windows on the Wolrd" en faisant correspondre chaque minute à un chapitre, depuis 8 h 30 jusqu'à 10 h 29 (heure d’écroulement de la deuxième tour ; la première percutée en réalité). Le "Windows on the World" (littéralement « fenêtres sur le monde ») était un restaurant de luxe, situé au sommet de la tour nord du World Trade Center (106e et 107e étages), sur l'île de Manhattan sur laquelle il offrait une vue panoramique de New-York.
Deux personnages :
- Un américain, Carthew, agent immobilier divorcé qui emmène ses deux fils de 7 et 9 ans prendre le petit déjeuner aux fenêtres sur le monde… Tout le long du roman il tentera désespérément de cacher sa peur à ses deux fils et l'imminence de leur mort.
- En parallèle, Beigbeder évoque sa propre histoire. Sous forme de confession, il parle de sa fille, de son divorce, de Paris et de la tour Montparnasse d’où il écrit.
Les voix des deux hommes se font rapidement échos. Ce mélange de pure fiction avec des passages de la vie de l’écrivain donne selon moi encore plus de force au récit. La comparaison est rapide : deux mégalopoles, deux tours, deux hommes divorcés d’une quarantaine d’année… Leurs destins finissent par se mêler : tous deux ne se doutaient pas que bientôt, dans quelques heures, tous leurs repères sociaux, mondiaux, moraux, allaient éclater en mille morceaux.
Si orgueilleux et égocentriques qu’ils puissent être (et seuleument là on retrouve la pate de Beigbeder, son style habituel, provocant et cynique), en voyant la mort arrivée, ils redeviennent des êtres fragiles, mortels dotés de principes et valeurs indispensables.
Ma mère avait raison, c’est un livre fort. Certains passages sont à ce point poignants que les larmes me sont coulées sans que j’ai pu les retenir… Mais Beibgeder n’est pas dans le pathos non plus. J’ai ri souvent. Il y a une réelle justesse d’écriture, un devoir de mémoire aussi : « On ne peut pas écrire sur autre chose ».Une pépite incontournable !
WINDOWS ON THE WOLRD, Frédéric Beigbeder
Éditions Grasset, 2003
Le Livre de Poche, 2015



Commentaires