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J'avais envie d'un roman français

  • Photo du rédacteur: Estelle
    Estelle
  • 23 déc. 2018
  • 3 min de lecture


Souvent, et avant même d’avoir fini celle en cours, je me demande quelle sera ma prochaine lecture. Cette fois-ci j’avais envie d’un roman français. Sans réfléchir à deux fois, j’attrapai un grand bouquin jaune sur mon étagère des « à lire un jour quand j’aurai le temps » à côté des « piqués chez mes parents » et des « classiques à lire car il le faut mais pas tout de suite ». Bref, je tombai très bien puisque j’attrapai Un roman français. Roman de Beigbeder sorti en 2009, presque 10 ans déjà. Il était temps. Sur le coup je me dis que ça pouvait être drôle de voir comment l’histoire avait vieillie. Mais dans ce roman, sûrement le plus intime de l’auteur, dans lequel Beigbeder tente de se remémorer son enfance, aucune ligne n’a pris une ride. Chacun peut se retrouver dans un détail, dans l’évocation d’une maison de famille, d’une chanson préférée, d’une jalousie fraternelle …


Le point de départ d‘ Un Roman français est la désagréable aventure que le célèbre écrivain a connu en 2008 pour avoir sniffé un petit rail de coke sur le capot d'une voiture alors que passait justement les flics. Répréhensible bien évidemment. Dans sa cellule de garde à vue, il prend alors la machine à remonter le temps pour justement le faire passer. On découvre un Beigbeder tendre, sensible, torturé - fidèle à son personnage donc - un dandy, un écorché vif de l'aristocratie avec ses dérives, ses déboires, ses pseudo injustices, sa soif des femmes, et surtout sa propension au narcissisme et au nombrilisme. Et loin d’être une critique, c’est exactement ce que j’aime chez lui, cette audace assumée et sons sens de l’autodérision et de la contradiction : venir de la haute mais vouloir se montrer rebelle, se la jouer trash puis s’étonner d’être arrêté, se proclamer français mais avoir passé son temps à singer les Américains…


Dans son roman français, il évoque son enfance à Neuilly-sur-Seine, le pays Basque, le divorce de ses parents, sa vie avec son frère adoré-détesté, son enfance partagée entre les différentes maisons de sa mère, et celle de son père où il côtoie la jet-set parisienne des années 70. Alors, oui, là je note tout de même, que si l’histoire peut toucher tout un chacun en ce fait qu’elle évoque des souvenirs d’enfance, l’auteur nous peint le tableau d’une génération bien précise : celle de la jeunesse parisienne née dans les années 60, produit des bouleversements sociétaux post-68, soit, celle de mes parents. Et je sais bien que pour cette raison, je ne suis pas objective. J’ai adoré être plongée dans cette époque si proche et pourtant si différente de la mienne (née dans les années 90). Tout avait l’air plus simple, les gens semblaient plus libres ou du moins plus inconscients, c’était le début de la mode des soirées sur les « roofs » et des chaussettes Burlington, Paris venait de découvrir le mojito et la caïpirinha...


Au fil des pages on découvre aussi comment le petit garçon de Neuilly, timide et assez mal dans sa peau (il saigne régulièrement du nez) est devenu ce célèbre pipole-auteur-réalisateur-critico-littéraire. Je suis agréablement surprise de découvrir son goût pour les romans fantastiques et les bandes dessinées. Les bouquins, c’était son refuge.


Le bonheur d'être coupé du monde, voilà ma première addiction. Arrêter de lire des romans exige beaucoup de force. Il faut avoir envie de vivre, courir, grandir. J'étais drogué avant même que d'avoir le droit de sortir le soir. Je m'intéressais davantage aux livres qu'à la vie.

Certains passages sont très touchants, le masque tombe et on touche du doigt l’enfant, l’homme, qu’il est. Alors je ne pense pas que ce soit son meilleur roman mais je lui trouve un charme certain, certainement assez de charme pour trôner parmi mes pépites.  


Certes, ma vie n'est pas plus intéressante que la vôtre, mais elle ne l'est pas moins.

UN ROMAN FRANÇAIS, Frédéric Beigbeder

Éditions Grasset, paru le 19 août 2009

Prix Renaudot 2009

Le Livre de Poche, paru le 25 août 2010

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