Murakami is always a good idea
- Estelle

- 23 déc. 2018
- 3 min de lecture

Complètement dépassée par le rythme de ces derniers jours (frénésie des cadeaux de Noël, nouveau boulot, nouvel appartement), j’avoue m’être un peu laissée aller et avoir délaissé mes pépites. Mais rassurez-vous, me voilà de retour pour vous parler d’un petit bijou. Un Murakami…
Après avoir dévoré 1Q84 (que je cite volontiers à chaque fois qu’on me demande quel est mon livre préféré, même s’il m’est impossible de faire un choix), Kafka sur le rivage et Les amants du Spoutnik, j’avais envie de retrouver l’univers de mon auteur japonais préféré. Il me fallait un bouquin réconfortant, fiable et efficace ! Coup de bol je trouvais dans mes étagères un tout petit livre signé Murakami.
Parfait pour mon emploi du temps chargé de fin d’année, me dis-je.
Il s’agit d’une édition illustrée parue chez 10/18. Une belle attention a été donnée à la fabrication de cet ouvrage : le papier, la couverture à rabat, l’impression (une bonne idée de cadeau de Noël, au passage !). En plus de l’excitation d’ouvrir un bel objet, j’étais très intriguée par son contenu. Habituée, en effet, aux romans souvent très longs de Murakami, j’avais hâte de le découvrir sous un nouveau style : la nouvelle. Vous imaginez bien, je n’ai pas été déçue. Dès les premières lignes on retrouve cet univers étrange si propre à l’auteur. Il mêle l’onirique et le fantastique à la vie quotidienne, pragmatique et souvent réglée au millimètre prêt de ses personnages, en un accord parfait. Tout se passe dans le meilleur des mondes jusqu’à ce que le quotidien sorte subtilement des rails de la normalité. On parle de réalisme magique, et j’adore ce terme. La lecture de ses romans m’a toujours plongé dans une bulle à la fois confortable et inquiétante, ce qui en fait de loin, une de mes plumes favorites.
Dans Sommeil, l’auteur nous plonge dans les dix-sept nuits sans sommeil d’une femme et j’y ai retrouvé toute la magie et l’univers du maître. À la suite d’un cauchemar, la jeune femme cesse de dormir. Étrangement, elle perd le besoin vital de sommeil et d’endormissement propre à tout être humain, et loin de ressentir les affres de l’insomnie, elle se sent au contraire pleinement vivante, l’esprit en éveil. Pendant ses longues nuits sans repos elle s’emploie à combler son temps par la lecture (quelle chance de pouvoir lire toute la nuit sans ressentir une once de sommeil !). Tolstoï, Dostoïevski… elle redécouvre les classiques russes (qu’elle lit deux à trois fois de suite) et en comprend enfin tous les rouages. Ces moments lui procure un état de bonheur et d’excitation, jamais ressenti auparavant. Sa conscience s’éveille petit à petit et cette seconde vie, que lui offre ce temps remporté sur la nuit, lui rend toute sa liberté. Le revers de la médaille, puisqu’il y en a un comme toujours, arrive très vite. Elle se rend compte alors du vide de son existence, son mari et son fils lui deviennent de plus en plus étrangers. Et toute la question est là : une vie sans sommeil ne risque t-elle pas de détruire tous les fondements de l’existence humaine ?
Dans ce très beau livre aux couleurs nocturnes, l’histoire s’inscrit à l’encre bleue et se pare des très belles illustrations de la dessinatrice Kat Menschik. Une petite pépite - tout sauf soporifique - à lire et relire sans modération !
SOMMEIL, Haruki Murakami
Éditions 10/18, paru le 5 novembre 2015



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