Mémoire de fille
- Estelle

- 18 févr. 2022
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 14 sept. 2022

«J’ai voulu l’oublier cette fille. L’oublier vraiment, c’est-à-dire ne plus avoir envie d’écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n’y suis jamais parvenue.»
Dans Mémoire de fille, Annie Ernaux replonge dans l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme, à la colonie de S dans l’Orne. Nuit dont l'onde de choc s’est propagée violemment dans son corps et sur son existence durant deux années. S’appuyant sur des images indélébiles de sa mémoire et des lettres écrites à ses amies, elle interroge cette fille qu’elle a été dans un va-et-vient implacable entre hier et aujourd’hui.
« Comment sommes-nous présents dans l’existence des autres, leur mémoire, leurs façons d’être, leurs actes même ? Disproportion inouïe entre l’influence sur ma vie de deux nuits avec cet homme et le néant de ma présence dans la sienne. »
J’étais un peu fâchée avec Annie Ernaux depuis ma lecture de La Place à la fac. Je n’accrochais pas du tout avec ma prof et ce livre m’a paru méprisant (j’y ai vu une espèce de racisme de classe), bourgeois voire très suffisant. Je ne l’ai certainement pas bien compris mais depuis ce moment-là, loin de moi l’envie de lire Annie Ernaux une nouvelle fois.
Jusqu’à aujourd’hui ! Plusieurs années se sont écoulées, mon petit dégout s’est atténué et surtout, Mémoire de fille m’a été conseillé et offert, alors voilà. Me voilà obligée de lire à nouveau un roman de cette chère Annie si appréciée dans la communauté « bookstagram ».
Je vais essayer de mesurer mon propos pour 1 ne pas passer pour une fan – ce n’est pas le cas – et 2 ne pas paraître moi-même suffisante en critiquant (un peu quand même) cette grande autrice.
J’ai aimé sa naïveté et sa fierté, certainement liées à ses 19 ans. La façon dont elle décrit l’intensité de ses émotions, sa liberté, son refus d’avoir honte. Son honnêteté (elle évoque ses phases de boulimie, la perte de ses règles). J’ai souligné énormément de passages qui résonnent complétement en moi. Je me suis reconnue dans cette jeune fille touchante et un peu pathétique, il faut le dire.
Mais mais mais…. Je n’apprécie pas vraiment les auteurs qui se regardent se regarder, qui utilisent les initiales de personnes ou de lieux pour maintenir un hypocrite anonymat. Ça me gêne. C’est un petit peu trop autocentré à mon goût. En terminant le livre je n’ai pas eu la sensation qu’elle avait fait « la paix » avec cette période de sa vie, je n’ai pas vraiment compris le but.
Avis mitigé donc mais je suis sur une bonne voie de réconciliation !
ANNIE ERNAUX - Mémoire de fille Gallimard, 2016



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