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SOUMISSION, FICTION HAUTEMENT DÉRANGEANTE

  • Photo du rédacteur: Estelle
    Estelle
  • 23 déc. 2018
  • 3 min de lecture


Fan de Houellebecq depuis la lecture de Plateforme, il était temps que je me plonge dans son dernier roman, Soumission. S’il a toujours dérangé de par sa façon, si vraie, de décrire les vices de notre société contemporaine, ses romans m’ont toujours plu. Son approche descriptive et sociologique en font un héritier du roman réaliste français du XIXe siècle (il a souvent été comparé à Balzac), et son analyse quasi scientifique le rapproche du naturalisme de Zola. Rien que ça. Néanmoins, si la misère affective et sexuelle des Rougon-Macquart et de la Comédie humaine ne m’a pas dérangée, celle des parisiens de 2017 et de 2022 est parfois plus difficile à entendre !

Dans Soumission, il met en scène une France islamisée après une victoire politique de l’islam en France en 2022, et ça fait froid dans le dos.


Le titre est d’une violence inouïe. Je note que si l’on possède l’édition grand format (parue chez Flammarion) on échappe tout de même à la couverture choisie par J’ai Lu. Glaçante. Elle montre une tour Eiffel sous un ciel bleue, surplombée d’une lune, symbole de l’Islam. Cette image m’a contrarié, dérangé, tout le long de ma lecture. J’applaudis les éditeurs, car elle correspond tout à fait à ce que montre Houellebecq dans son roman : des changements politiques et culturels majeurs qui s’effectuent paisiblement, dans une apathie la plus totale.


Le personnage principal est un professeur d’université spécialisé dans l’œuvre de Huysmans. Je dois admettre que, n’étant pas spécialiste moi-même, certains passages mettant en relation les idées de Huysmans et la situation de la France m’ont paru un peu brumeux… ils permettent cependant d’observer notre société sous le prisme de la littérature (le roman s’ouvre sur une citation de Huysmans). Et j’ai toujours aimé la littérature qui parle de littérature. La fonction métalittéraire du langage quoi (souvenirs de mes études littéraires, on est en plein dedans).


Ce professeur nous raconte donc sa vision des bouleversements politiques en France en 2022. Dans le roman, François Hollande a été réélu en 2017 et à la fin de son mandat, les partis traditionnels ont définitivement perdu la confiance des électeurs. Sans surprises (on a connu ça), Le Front National de Marine le Pen passe au second tour face à (et c’est là que ça se corse) la Fraternité Musulmane de Mohammed Ben Abbes. Il l’emporte alors grâce au soutien du « front républicain » et surtout parce qu’il est le seul homme politique français à avoir une vision claire et ambitieuse de l’avenir qu’il souhaite pour le pays. Bon. À ce moment là, je me dis que Houellebecq, quand même, il ne peut s’empêcher de faire plus pessimiste, plus polémique à chaque fois. Mais le pire ici, c’est que tout se passe dans une France relativement calme, passive, qui semble avoir abandonné tout esprit de rébellion et perdu toute son élite intellectuelle. Les premiers changements se mettent doucement en place (on se prépare, on anticipe, un peu comme le calme avant la tempête, la paix avant la guerre) : islamisation de l’éducation (dur dur pour notre personnage qui perd son emploi), législation de la polygamie, etc. Cette passivité c’est comme si finalement, on était bien content que la farce politique s’arrête enfin et nous laisse nous installer douillettement dans un système qui a au moins le mérite de savoir où il va.


La polygamie permet de régler le problème de la misère sexuelle, thème redondant dans l’œuvre de l’auteur, et les références à Huysmans renforcent la description d’une société en pleine décadence, thème, lui aussi, cher à Houellebecq. Il montre une France perdue, dépressive, à l’instar de ses habitants plongés dans une solitude extrême (la non réaction du personnage face à la mort de ses parents fait froid dans le dos, presque autant que l’élection de Ben Abbes, c’est dire).


Sorti après les attentats de 2015, ce roman qui, de toutes façons faisait débat, a pu être mal interprété par ses lecteurs (et on peut les comprendre). Il touche à ce qui cloche chez nous, dans notre pays, à notre système politique, à nos partis vieillissants. Houellebecq montre encore une fois son talent pour décrire notre société actuelle, sans filtre. Et pour ca, toute son œuvre est une pépite sans égal. C’est une lecture qui peut faire mal car elle propose une mise en perspective, un possible résultat (certes des plus pessimistes) des mutations que nous vivons aujourd’hui.


SOUMISSION, Michel Houellebecq

Éditions Flammarion, paru le 7 janvier 2015

J'ai Lu, paru le 4 janvier 2017

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