Vivre dans le pays des autres
- Estelle

- 20 août 2020
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 août 2020

Depuis sa sortie, quelques jours avant le #confinement, je n’ai qu’une envie, découvrir Le pays des autres. Troisième roman de Leïla Slimani et premier tome d’une saga familiale sous forme de trilogie, je l’attendais avec impatience. Loin de la bourgeoisie #parisienne et du #drame contemporain en lieu clos, l’auteur s’inspire cette fois-ci de l’histoire de ses grands-parents.
Ce premier tome couvre les années 1944-1956 et débute lorsque Mathilde, jeune #Alsacienne d’une vingtaine d’années tombe amoureuse d’Amine, un #Marocain combattant dans l’armée française. Après la Libération, ils quittent la France pour s’installer au Maroc, à Meknès, ville de garnison et de colons. Le rêve d’Amine est de récupérer ses terres et d’en faire un domaine riche et prospère. Celui de Mathilde est de suivre tout simplement l’homme qu’elle aime. Évidemment tout ne se passe pas comme prévu !
Sacrifices, vexations, manque d’argent et problèmes d’intégration…. Tour à tour chaque personnage se retrouve dans le pays des autres. Mathilde, tout d’abord, se sent étouffée par le climat du Maroc, par sa #solitude et par la méfiance qu’elle inspire. Elle ne sait jamais comment agir sous peine d’être ridicule et de faire honte à son mari. Amine, ensuite, est pris entre deux terres : marié à une française et propriétaire employant des marocains. Aïcha, leur fille, suit l'éducation des Soeurs à Meknès, seule #métisse parmi des riches fillettes françaises. Enfin, la (trop) belle Selma, la sœur d’Amine effraie les hommes et peine à assouvir ses rêves de liberté.
La beauté de Selma rendait ses frères nerveux comme des animaux qui sentent venir l'orage. Ils voulaient cogner de manière préventive, l'enfermer avant qu'elle ne commette une bêtise et qu'il ne soit trop tard.
Tout au long du roman, l’auteure glisse d’un personnage à l’autre en alternant les points de vue. Le personnage de Mathilde est très touchant. Au début du roman lors de ses premiers jours au Maroc elle peine à décrire la vie et l’atmosphère qui l’entoure tant le vocabulaire lui manque.
Elle en mourrait de l'indifférence des gens à la beauté des choses.
Elle tente ensuite de s’émanciper sans heurter la culture de son mari et perd petit à petit son identité française. Mais les autres sont tout aussi passionnants. Amine, par exemple, qui assume mal d’avoir une femme blanche, devient amer voire violent tout en cultivant des valeurs liées au travail, à l’honneur et à la famille. Ce qui est intéressant sous la plume de Leïla Slimani, c’est que chaque personnage est observé avec indulgence, sans jugement. On y retrouve tout de même son style clinique et acéré.
Cette plongée dans l’histoire des relations entre la France et le Maroc, entre les colons et les indigènes, entre les hommes et les #femmes et même entre les générations m’a fait parfois penser à L’Art de perdre d’Alice Zeniter (qui parle de l’Algérie et que j’ai tout autant adoré). Sans surprise j’ai beaucoup aimé ce roman et j’ai hâte de découvrir la suite du destin de cette famille intimement lié à celui de l’histoire de leurs deux pays.
Et merci à mes (ex) collègues pour cette pépite ! Vous ne pouviez pas mieux tomber !
LE PAYS DES AUTRES, Leïla Slimani Gallimard, mars 2020



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